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Plusieurs start-ups françaises se positionnent, dans le sillage de Criteo ou BlaBlaCar.
C'est un terme à la mode, mais c'est aussi une réalité. Les « licornes » – une entreprise valorisée à plus d'un milliard de dollars et non cotée en bourse – font rêver tous les investisseurs et les jeunes entrepreneurs. Y compris en France, et c'est un phénomène relativement récent. Entre l'aventure de Business Objects à la fin des années 1990 et l'introduction en bourse de Criteo il y a deux ans, très peu de start-ups françaises sont parvenues à se hisser au rang des stars mondiales (Meetic, rachetée depuis par son concurrent américain Match, PriceMinister, repris par le japonais Rakuten, ou encore Vente-privee.com).
Ces derniers mois, le rythme s'est accéléré, avec des levées de fonds record en France (70 puis 100 millions d'euros pour Deezer, 100 millions pour Sigfox, 177 millions pour BlaBlaCar, 256 millions pour Showroomprive.com en bourse…), ce qui a fait exploser les valorisations de la French Tech. D'autant plus qu'une dizaine d'entreprises visent sérieusement le statut de licorne, ce qui permettrait à la France de rattraper son retard, du moins par rapport à ses voisins européens, l'Allemagne et le Royaume-Uni.
« Il y a toujours une question de maturité et de fluidité. » fait remarquer Stéphane Distinguin, fondateur du cabinet de conseil Fabernovel. L’écosystème français a démarré un peu tard, mais on commence à voir émerger des start-ups de sept à dix ans qui atteignent des valorisations déjà réalisées il y a quelques années par nos voisins. Sans oublier que l’écosystème est aujourd’hui bien plus qualitatif. Les ingénieurs français, notamment, reconnus dans le monde entier, n'hésitent plus à lancer leur propre projet.
Le modèle Criteo
Un modèle se dessine, inspiré de Criteo : la R&D à Paris, l'essentiel des équipes commerciales et marketing aux États-Unis. Presque toutes les start-ups françaises à forte croissance ont adopté cette approche, de Talend à Scality, basée en Californie, en passant par Algolia, Mirakl ou les éditeurs de logiciels RH PeopleDoc et TalentSoft, qui ont accueilli Goldman Sachs dans leur siège social l'an dernier. Même Deezer, qui a longtemps cru pouvoir se passer du marché américain, s'est implanté outre-Atlantique. À ces noms s'ajoutent le site de produits de luxe Vestiaire Collective, le site de poker en ligne Winamax et la plateforme de publicité vidéo Teads, considérés comme de potentielles licornes de demain.
Philippe Collombel, président associé de Partech Ventures, mise sur Kantox, une plateforme d'échange de devises entre particuliers. « Cette entreprise n’a pas de concurrents américains. C’est un phénomène que l’on observe en Europe, avec Spotify en Scandinavie et SoundCloud en Allemagne par exemple. Ce sont des entreprises qui ont la capacité d’imposer un leadership mondial. » Il explique. De nombreuses entreprises françaises sont en cours de création et sont d'autant plus intéressantes qu'elles ne copient pas des modèles déjà vus aux États-Unis. Même constat pour Jean-David Chamboredon, du fonds Isai et coprésident de France Digitale. « Ceux qui réussissent en Europe sont ceux qui se sont positionnés dans des secteurs auxquels les Américains ne croyaient pas : le streaming avec Spotify, ou le ciblage comme Criteo. C’est pourquoi, quoi qu’il arrive, le nombre de licornes européennes restera limité. »
Nicolas Rauline et Guillaume Bregeras